Regarde le visage de ton ami...

Comment apprendre à son enfant à voir les signes que son interlocuteur n’est pas à l’aise ?

L’an dernier, à pareille date, j’ai écrit un article soulignant l’importance de ne pas imposer nos câlins et bisous aux enfants. À la base du consentement sexuel, il est primordial pour moi de leur enseigner que leur corps leur appartient et qu’ils ont le droit de dire « non » s’ils ne désirent pas être touchés.

Mais voilà ! ­Même si savoir reconnaître et affirmer que l’on ne souhaite pas se faire caresser fait partie de la solution, ce n’est pas la source du problème. À l’ère du #metoo, où les dénonciations de tout genre pleuvent, je m’interroge toujours sur chacune d’elles. Non pas que je remette en doute la parole des victimes, mais je me demande si tous les garçons étaient conscients de leurs actes. Parce qu’en dehors du viol, il y a toute une gamme d’agressions qui sont ­peut-être moins évidentes aux yeux d’un jeune homme. Cet article n’a pas pour but de les excuser ou de dédramatiser les conséquences de leurs actes, mais bien de se poser la question : « ­Comment faire pour que mon enfant apprenne à savoir, ­au-delà d’un ­NON exprimé clairement, que son ou sa partenaire n’est pas à l’aise ? »

Bien que, pour moi, ce soit une évidence lorsque l’autre personne se sent mal, ça ne semble pas être aussi clair pour tous. Alors que je n’ai qu’à observer les changements dans le visage, le regard ou le ton de la voix d’une personne pour savoir sa météo interne, certains ne voient rien. ­Aurions-nous oublié d’apprendre aux enfants à observer le visage des autres pour y lire une émotion ? ­Aurions-nous tenu pour acquis que cela va de soi et que ça s’apprend « sur le tas » ?

Dans mon métier, j’ai trop souvent guidé plutôt qu’accompagné les petits. J’ai négligé de leur expliquer quand et comment porter une attention particulière aux visages des autres. Ce n’est pas un problème en soi, quand on a cinq ans. Cependant, je ne serai assurément pas dans la chambre à coucher de mes ados pour leur faire remarquer que les traits du visage de leur partenaire silencieux viennent de changer, et qu’il serait approprié de lui demander s’il désire poursuivre ou non. À ce stade, ils devront se débrouiller seuls. D’ici là, c’est à moi de leur enseigner à observer et comprendre ces modifications faciales.

Désormais, chaque fois qu’un conflit éclate, j’invite mes ­tout-petits à étudier le visage de l’autre enfant. Je les accompagne dans l’analyse des changements qui viennent de se produire, dans le but qu’ils développent un jour cette faculté. Pour moi, c’est toute l’équation qui solutionnera les abus sexuels. ­Au-delà de leur enseigner qu’ils ont le droit de dire « non » en tout temps, ils doivent aussi savoir remarquer lorsque l’autre aimerait le dire, mais ne le fait pas. En développant leur empathie et leur sens de l’observation, ils sauront reconnaître lorsqu’ils franchissent la ligne.

« ­Regarde le visage de ton ami » est sans doute la phrase que j’ai le plus souvent répétée cette année, mais j’ai confiance qu’avec le temps, si vous participez avec moi, elle changera le monde !

CAROLINE LANGEVIN
Éducatrice formée, Caroline travaille en service de garde depuis 15 ans. Passionnée du domaine de la petite enfance, elle termine actuellement un baccalauréat en éducation. Elle est aussi auteure de romans et de livres pour enfants.

Facebook: CarolineLangevinAuteure

Par Caroline Langevin

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