Message aux garçons

Bonjour, petit garçon. Écoute, faut que je te parle deux minutes. Allez, ­assieds-toi avec moi. On se croise tous les matins à l’école. Oui, c’est moi, le papa de ton amie. Tu sais, celle avec qui tu aimes jouer à la récréation et au parc après l’école ?

Bon, je sais que tu es jeune et que ça ne fait pas très sérieux de discuter de ça sur un banc de parc, je l’avoue. Mais il faut qu’on en discute. Pour l’instant, ma fille est ta bonne amie, c’est une copine avec qui tu aimes jouer. Tu commences déjà à comprendre que les garçons et les filles ont souvent des sentiments pour l’autre. Parfois, c’est seulement un des deux, et d’autres fois, ce sont des sentiments bien différents. Bref, tu vois, c’est vraiment compliqué !

Beaucoup plus compliqué que de choisir le bon bleu pour colorer le ciel de ton dessin. Parfois, un ami prend le crayon de cire bleu que tu voulais utiliser, et ça, je le comprends, c’est très fâchant. Tu as envie de te fâcher et d’arracher le crayon de force ! ­Tu pourrais choisir une autre couleur, mais toi, c’est cette couleur que tu veux, pas une autre ! ­Et là, tu le lui arraches des mains et le crayon se brise.

Un jour, tu vas faire face à ce genre de situation, mais cette fois, ce ne sera pas pour un crayon, mais pour une petite fille comme ma princesse. Et encore là, je dis ça, ce sera ­peut-être plutôt pour le petit ­Nicolas, mais le principe restera le même.

Tu vois, moi, ce qui m’effraie le plus au monde, c’est qu’un jour, une personne fasse du mal à mes filles. Rien au monde ne m’effraie plus… ­Même le dentiste me fait moins peur ! ­Tu imagines ? Ça me fait peur parce que je ne sais pas qui sont tes parents et s’ils vont t’expliquer ces ­choses-là. Je ne sais pas si quelqu’un va t’expliquer un jour que, contrairement pour le crayon de cire, tu ne peux pas te fâcher ou faire du mal pour qu’une personne t’aime. Tu ne peux pas forcer une personne à t’aimer comme tu vas désirer qu’elle t’aime.

Je ne sais pas si tu auras des amis à qui parler, te confier. Parce que, ­crois-moi, ces situations, tu vas les rencontrer souvent dans ta vie. J’espère juste que, quand ça arrivera, tu seras rendu un homme qui comprendra, et non pas un homme qui frappe ou, pire encore, qui tue.

Tu vois, hier, aux nouvelles, un homme a envoyé au ciel une princesse comme la mienne. Il a décidé que, comme elle ne l’aimait plus, plus personne n’avait le droit de l’aimer. Que parce qu’elle ne voulait pas l’aimer comme il le voulait, son cœur ne méritait plus de battre pour personne d’autre.

Alors, lorsque tu dessineras ton ciel aujourd’hui, ­rappelle-toi qu’il ne sera pas toujours du bleu que tu désires. Il sera parfois gris, parfois très nuageux, mais de grâce, n’y dessine jamais de princesse !

Yannick Gagné
Papa blogueur Nanny Secours
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Yannick Gagné

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